Alliance Mozilla et Gnome

Ca y est, la nouvelle est sortie : Mozilla cherche à forger des alliances avec GNOME et d'autres projets open source pour combattre Longhorn. Je vous propose ci-dessous une traduction du message original, Brendan Eich (directeur technique de Mozilla.org, créateur du langage Javascript) répondait aux interrogations de Boris Zbarsky, développeur Mozilla, concernant les objectifs de Mozilla.org, j'ai sauté quelques lignes du message original qui n'apportaient pas de réel contenu et j'ai reformulé certaines phrases pour éviter d'avoir à faire des explications de texte du contexte du message:

Mozilla n'est pas une armée, ça c'est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle est que Microsoft a toute une armée de fourmis tueuses alignées pour nous faire face. Nous avons besoin d'une direction forte, ET de nouveaux alliés si nous voulons préserver l'utilité (subjectivité mise à part) des standards ouverts.

Mozilla ne peut avoir un fonctionnement anarchique où prévaudrait le laissez-faire, la direction se bornant à résoudre les conflits. En effet nous ne devons pas seulement faire face à des conflits internes, mais surtout à la concurrence agressive de monopoles ou de quasi-monopoles. Même si le code de mozilla sera disponible pour tous pendant de nombreuses années, il se peut qu'il perde graduellement son intérêt sans deux choses :

  1. Gagner des parts de marché comme navigateur
  2. Des standards ouverts utiles, implémentables efficacement et facilement mis en place associés à des applications de premier plan afin de permettre à ces standards d'entrer en compétition avec les équivalents en cours de développement dans les systèmes propriétaires (Windows Longhorn, Macromedia Flex, etc.)

Si nous ne nous préocupons que du navigateur, nous risquons d'être mis hors course dans approximativement 5 ans. Non pas inutilisé, mais à la traîne, abandonné comme plateforme de développement. Faire de mozilla un navigateur utilisé et reconnu est nécessaire, mais pas suffisant.

Notez que l'adaptation de Mozilla par le marché pourrait impliquer, pour certaines entreprises et sites rétifs, que nous supportions le DOM d'IE, les plugins ActiveX et d'autres choses que nous préfèrerions ne pas avoir à supporter. Si nous ne supportons pas certaines de ces choses, il se peut que nous ne réussissions pas à obtenir la part de marché suffisante pour atteindre nos objectifs.

Pourquoi serons nous probablement hors-course sans un bon navigateur ? Je vais vous le dire.

Tout d'abord, les formats de Longhorn, tels que le XAML, sertont utilisés sur le web afin de permettre la création d'applications en ligne. Nous pouvons prédire cela avec confiance en nous fondant sur notre expérience d'IE4. En 1997, IE4, meilleur navigateur du moment est sorti, avec son lot de bugs CSS non-standards, de bidouilles du DOM, de caractéristiques DHTML et bien sûr de choses comme ActiveX. En 2000, lorsqu'IE a passé la barre des 50% de parts de marché, certains sites ont commencé (intentionnellement ou pas) à restreindre l'interaction de leurs pages aux clients IE uniquement.

Autre donnée concernant Windows: Windows XP a mis environ deux ans et demi à atteindre les 40% de parts de marché selon Google zeitgest.

Deuxièmement, Linux est voué à la croissance tout simplement parce qu'il est moins cher. "Le coût total de possession" (CTP) comparé à Windows est difficile à évaluer actuellement, car lié à de nombreuses variables, confusions et coûts cachés tant du côté de Linux que de Windows. Certains experts prétendent que le CTP de Windows est actuellement plus bas. Mais supposez que Linux s'améliore sur ce point et gagne. Cela semble être une prédiction assez raisonnable, si une prédiction peut l'être, particulièrement dans les autres parties du monde (NDT : référence à la croissance énorme de Linux dans les pays non-occidentaux)

Le problème que je vois est que Linux pourrait très bien ne pas utiliser Mozilla comme navigateur par défaut, relégant de ce fait Gecko dans la catégorie des moteurs de contenu web, puis à la catégorie des "vieux" moteurs de contenu web. Dans cette perspective, promouvoir Gecko comme moteur de rendu intégrable à tous les navigateurs pourrait devenir contre-productif. Etant donné les tendance, en tous cas dans le monde GNOME, le résultat probable du choix d'un navigateur par défaut basé sur les technologies GNOME serait que les postes de travail et les applications finiront par évoluer afin de concurrencer Windows Longhorn en résolvant plus ou moins les mêmes problématiques de manière différente (avec ou sans Mono).

Le résultat à long terme ne serait pas seulement le manque d'applications multi-plateformes, il y aurait un manque de nouveaux contenus et protocoles multi-plateformes nécessaire pour contrer XAML et les forrmats, protocoles et langages de Longhorn. Nous ponvons déjà voir le début de cette fragmentation, dans le domaine des lognes de clients propriétaires plutôt que dans celui des OS, avec le langage Flex de Macromedia, le langage basé sur XML de Laszlo et d'autres rejetons de XUL créés par les acteurs des plateformes "d'application internet enrichies".

Si Miguel (NDT : Miguel de Icaza, fondateur de Gnome) et les autres clonent XAML et Avalon (la partie la plus difficile à cloner), peut-être que d'ici trois ans Linux sera capable d'offrir la plus grande partie de ce que Longhorn offrira en termes de contenu menaçant les standards ouverts. Mais ce contenu restera relativement ou entièrement fermé, sous le contrôle de Microsoft, son évolution n'étant modifiable que sous leur égide. un tableau assez sombre, même si Mono contribuera à mettre une pression sur des standards de fait ou de droit.

Le pire toutefois, semble être la probabilité que les types de contenu basés sur XML puissent proliférer et se spécialiser par plateforme: certains pour Linux; d'autres pour Windows. Sans navigateurs multi-plateformes implémentant les mêmes standards partout, ce qui inclut les nouveaux navigateurs non obsolètes, la probablilité de bugs d'interopérabilité et de formats clairement incompatibles/non-portables s'accroit.

Dans tout ceci, je ne prends pas en compte le Mac. C'est une niche importante et influente, pour laquelle Mozilla a un intérêt certain, mais elle n'est pas susceptible de croître suffisamment pour faire une différence par rapport à Linux et Windows. Si l'OS et en particulier les applications multimedias devaient être portées vers le PC et ouvertes aux développeurs d'autres plateformes, ce pourrait être différent, mais ces étapes mineraient une grande partie de la profitabilité d'Apple, des points forts de la plateforme et de son attrait en général (oui, y compris le côté snob).

Voici l'alternative à laquelle je travaille dur pour la promouvoir :

  1. Construire des applications multi-plateformes entièrement nouvelles, utilisant Gecko, le rendu natif par les thèmes et une bonne intégration bureau/OS.
  2. Promouvoir ces applications, dès maintenant (pensez à Mozilla la suite, Firefox, Thunderbird, Open Office) sur Windows, en particulier auprès des entreprises désirant éviter l'enfermement propriétaire, les risques de virus et les coûts prohibitifs des licences.
  3. Laisser ces entreprises migrer vers Linux si cela est sensé, ou bien reporter la lourde taxe que représente la mise à jour vers Longhorn en restant sur les versions actuelles de Windows autant d'années que possible
  4. Parallèlement, dès maintenant et en collaboration étroite avec d'autres hackers de l'open source, construire une nouvelle plateforme applicative unifiée bureau/web à partir de morceaux du code de Mozilla et de GNOME. Partager le code et les efforts, éviter les grandes réécritures. Utiliser les standards autant que possible, ce qui inclue certaines parties de XUL qui sont en cours de spécification. Cette nouvelle plateforme pourrait même mériter le titre de Mozilla 2.0.

Cette nouvelle plateforme doit inclure une couche avancée de rendu avec accélération matérielle, des effets visuels attractifs, l'animation, la vidéo etc. Nous devrions utiliser ce qui fonctionne dès à présent, avec un maximum de pièces multi-plateformes (OpenGL), en comblant les manques de certaines plateformes et, je le répète, éviter les dépendances à long-terme nécessitant une réécritute complète du sous-système.

Autre caractéristique de cette nouvelle plateforme: indépendance envers les langages de programation de haut-niveau, gràce à un bon choix d'exécutables au "code géré" (Java, Mono C#, JS2...) pour une programmation libérée des dépassements du tampon (buffer overrun) et des types. Nous ne devons pas nous contenter de C et C++, cette approche n'est pas compétitive économiquement face à .NET.

Une caractéristique cruciale de cette nouvelle plateforme : le toolkit GUI doit être capable de se fondre au milieu d'applications natives, au moins sur Windows et Linux, idéalement sur le Mac aussi. Ceci grâce à une syntaxe et une sémantique clairement spécifiée pour créer des interfaces utilisateur (XUL), des graphiques (SVG ou quelque chose de similaire, mais unifié) et pour créer des balises à partir des arbres DOM (XBL). La migration du XUL actuel vers ce futur langage doit être possible sans douleur.

J'ai été très occupé à la mise en place de ces fondations, à la construction de ponts entre les différentes communautés open source. Il est encore trop tôt pour dire exactement comment les choses évolueront. Je ne veux pas faire de promesses que je ne pourrais pas tenir et beaucoup de paramètres sont encore à prendre en compte. Mais l'intérêt parmi les autres leaders clés pour ce projet est manifeste. Je pense qu'un certain nombre de personnes très intelligentes comprennent la nécessité de cette alliance face à l'hégémonie (NDT : de Microsoft).

Cette plateforme réglerait le problème des applications web en mariant, autant qu'en alliant, GNOME, Mozilla et peut-être Mono (en apportant le code multi-plateforme et l'aspect dévelopement à Linux et le "look and feel" de la prochaine génération de GNOME à Mozilla). Cela construirait ce que nous n'avons pas été capables de construire de manière complète ou incontournable par nous-mêmes : une plateforme neutre de développement pour les applications de bureau et les applications web de tiers.

La période de mise en application commence dès à présent, avec du code fonctionnel prévu pour la deuxième moitié de cette année. Autrement, nous glisserions à l'année prochaine ce qui pourrait nous faire arriver trop tard pour obtenir la reconnaissance du marché avant l'arrivée de Longhorn et son XAML etc. Si tout se passe comme prévu, nos équipes de développeurs ont devant elles des défis majeurs à relever.

Message original : Mozilla Looking to Forge Alliances with GNOME and Other Open Source Projects to Combat Longhorn

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